On attendait de la pluie pour toute la semaine. Les bulletins météos étaient unanimes. Elles ont dû emporter le soleil dans leurs valises car il n’a plu que dimanche. A moins que ce ne soit grâce à l’entrée tant attendue au Portugal du nouveau tube de William Baldé sur une clé « uzbe », ce qui revient au même, d’ailleurs… Hier nos amis du Portugal Aurélie et Christophe se réjouissaient gentiment de notre veine météorologique, estimant que payer 200 euros d’avion pour jouer aux cartes toute la semaine dans 40m2 aurait été une bonne raison de l’avoir mauvaise. Pourtant, notre journée de déluge fût sans conteste aussi agréable que les autres, et donc les prévisions auraient pu s’avérer exactes que je n’en aurais pas été gênée outre mesure. Raph ayant justement choisi cette semaine pour déclarer enfin la méchante otite qui le guettait depuis plusieurs… années, il fallait bien passer quelque temps dans la maison pour nous honorer de sa présence et pouvoir le bichonner un peu.
Nos virées étaient toutes très belles, même à 3 -région oblige. Et puis il faut bien que je montre à ma maman et ma « soeurette » ce qui est bien, ou beau, ou différent, enfin pourquoi on a choisi de vivre ici… Malgré cela, j’ai bien du mal à résumer cette semaine en me contentant d’énumérer une simple série de faits, car l’essentiel resterait entre les lignes. De beaux moments, il y en a eu à la pelle, et tous sont à mes yeux également dignes d’être gardés en mémoire : le mot lancé sans y penser, la chanson réécoutée pour la 638ème fois, comme la sortie inédite où le ciel avait une couleur que personne n’avait jamais vue. Les nouveautés de chacun, les « dernières dépêches », les émotions toutes fraîches, comme les traits de caractère immuables, ou les choses qu’on aime toujours depuis l’âge de 3 ans… l’inchangé, quoi, mais en bien. Comme ma cousine Maud qui grave « Les 3 cloches » sur une compile de vacances.
Je m’attarderai alors simplement sur quelques images parmi la multitude désordonnée qui me reste en tête… Par exemple leur enthousiasme en arrivant à Lisbonne, malgré la fatigue du voyage, à nous suivre dans les quartiers qu’on aime et même le tram 28, pour ensuite roupiller comme des marmottes dans notre « lit roulant » pendant toute le durée du trajet vers Serpa. Ou l’arrivée à la maison, tard ce même soir, où Raph et moi avons eu droit à quelques cadeaux tout simples, mais qui nous rappellent ce qu’on aime bien en France : le parfum d’un savon de Marseille 72% d’huile d’olive, des navettes provençales, du thé à l’orange, un film avec Jacques Brel… Le lendemain matin, rencontre avec Ana, notre voisine fromagère. Comme prévu, il ne lui a pas fallu plus de 10 minutes pour faire partie de la famille : discussion de dames avec maman (« Où avez-vous acheté votre pantalon ? »), et cueillette d’Aurélie au réveil avec un oeil malicieux et des « pupias » à la cannelle qui auront fini par passer les frontières.
Le lac de Vila Nova pour nous toutes seules et les photos débiles, les perdrix et les lapins qui détalent dans le « campo », les longs trajets en combi où l’envie de discuter et de profiter du paysage nous disputent au goût de la sieste mobile.
L’immanquable village perché de Monsaraz, dont la beauté continue de laisser sans voix, son magique coucher de soleil et ses fous rires au restaurant, lorsque j’évoque le caractère « montagneux » du paysage alentejan (se renseigner sur ce sujet), ou que maman, dans un bel effort linguistique, se trompe en voulant commander son fromage et demande un plateau de poisson au serveur éberlué, entre l’escalope de veau et le gâteau au chocolat. Les longues discussions du soir, les parties de tarot plus ou moins cohérentes, les bons repas de maman (Raph est toujours aussi bon dans le domaine, mais vous savez ce que c’est…). Nos ouailles qui comme en 40 déclament à tue-tête l’intégralité de la discographie des Beatles.
Ce fameux jour de pluie diluvienne qui a débuté en voyant notre appartement se transformer en salon de beauté, et l’enfermement prolongé ayant eu raison de nos capacités intellectuelles, s’est terminé le nez plongé dans Biba pendant toute la soirée, à chercher à quelle fille Aurélie rêvait de ressembler.
Enfin, comment oublier la (re)découverte du Fado dans un petit resto d’Evora, musique portugaise par excellence et éternelle révélation qui vient tôt ou tard pour peu qu’on ait du coeur ? Pour Aurélie, qui n’y était pas vraiment préparée, la révélation fût double ce soir-là, et on ne sait toujours pas vraiment lequel, de la musique ou du musicien, provoqua le coup de foudre pour l’autre…
Je passerai sur le vide qu’a laissé leur départ, mais c’est étrange, je viens à peine de réaliser que nous étions vraiment partis, et partis loin. Pas de raison d’être très triste, bien sûr, mais drôle de vague à l’âme quand même. Enfin, il suffit de se bouger un peu et ne pas trop traîner du côté de la gare routière, du moins pour un temps.
C’est drôle, on dirait qu’il va pleuvoir…